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Femmes et pouvoir associatif

Photo du rédacteur: ACCEPT Association
ACCEPT Association
14 oct.
4 min de lecture

L’égalité s’arrête-t-elle à la porte de la présidence ?


Salle de réunion baignée de soleil, chaise rose couronnée au centre, affiche Égalité au mur, ambiance moderne et calme.

Elles s'engagent, organisent, accueillent, accompagnent, écrivent, gèrent et mobilisent. Elles sont partout dans la vie associative. Mais lorsqu’arrive le moment de s’asseoir dans le fauteuil de la présidence, les femmes deviennent soudain beaucoup moins nombreuses. Le monde LGBT+ échappe-t-il à cette vieille mécanique ? Rien ne permet aujourd’hui de l’affirmer. Et, c'est peut-être justement là que la question devient intéressante.



Une égalité qui mérite aussi de se regarder de l’intérieur

Les associations LGBT+ ont fait de l’égalité l’une de leurs raisons d’être. Elles combattent les discriminations, interrogent les normes, dénoncent les rapports de domination et revendiquent depuis des décennies une société dans laquelle chacun et chacune puisse trouver sa place.

Alors, forcément, une question un peu impertinente finit par se poser : qu’en est-il à l’intérieur de nos propres associations ?

Selon l’Insee, les femmes n’occupent que 35 % des présidences d’associations. Pourtant, elles représentent 48 % des trésorier-e-s et surtout 60 % des secrétaires. Autrement dit, elles sont largement présentes lorsqu’il faut faire fonctionner la machine. Beaucoup moins lorsqu’il s’agit de l’incarner.


Plus on monte, moins elles sont nombreuses

Le phénomène est encore plus intéressant dans le secteur « défense de causes, de droits et d’intérêts », celui qui se rapproche le plus du monde militant qui nous intéresse. Dans cette catégorie, les femmes représentent 55 % des secrétaires, 45 % des trésorier-e-s… mais seulement 33 % des présidentes. Difficile de ne pas remarquer l’escalier.

Les travaux de l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) ajoutent un élément révélateur : plus une association compte de bénévoles, plus la présidence tend à être masculine. Dans les structures de moins de cinq bénévoles, 39,5 % des présidences sont occupées par des femmes. Cette proportion tombe à 30 % dans les associations comptant au moins quinze bénévoles.

L’ancienneté joue également : parmi les associations de moins de dix ans, 38,7 % ont une femme à leur tête. Lorsque l’association existe depuis trente ans ou davantage, cette proportion descend à 30,5 %. Comme si, avec le temps et la taille, le plafond de verre associatif avait tendance à s’épaissir.


Et dans le monde LGBT+ ?

C’est ici qu’il faut résister à une tentation : celle de faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas. Il n’existe pas, à notre connaissance, de statistique nationale permettant d’établir précisément la proportion de femmes présidentes des associations LGBT+ françaises. Les données de l’Insee et de l’INJEP portent sur le monde associatif dans son ensemble et sur ses grands secteurs d’activité.

Cette absence de données est intéressante en elle-même. Nous mesurons beaucoup de choses dans nos mouvements : les discriminations, les violences, les publics accueillis, les actions réalisées, les personnes sensibilisées… mais beaucoup moins souvent qui exerce le pouvoir dans nos propres structures.



Le paradoxe de l’engagement

Il serait absurde d’en conclure que les hommes empêchent délibérément les femmes d’accéder aux présidences associatives. La réalité sociale est rarement aussi simple. Les mécanismes sont souvent plus discrets : disponibilité, responsabilités familiales, réunions tardives, exposition publique, habitudes de cooptation, longévité de certaines gouvernances ou répartition des rôles qui reproduit, parfois sans même que l’on s’en aperçoive, des schémas beaucoup plus anciens.

Le milieu associatif se pense volontiers comme plus progressiste que le reste de la société. Le mouvement LGBT+ plus encore : déconstruire les normes fait quasiment partie de son ADN. Mais appartenir à un mouvement progressiste ne nous vaccine pas miraculeusement contre les mécanismes sociaux que nous dénonçons par ailleurs.

« On peut combattre les stéréotypes à l’extérieur et en reproduire certains à l’intérieur sans même en avoir conscience. »


Ni procès, ni leçon de morale

La question n’est pas de réclamer que demain matin chaque association LGBT+ remercie son président pour le remplacer par une présidente. Ce serait une conception assez curieuse de l’égalité. Une femme ne devrait jamais être choisie parce qu’elle est une femme, pas davantage qu’un homme ne devrait bénéficier implicitement du fait d’en être un.

La vraie question est ailleurs : les conditions permettant d’accéder aux responsabilités sont-elles réellement les mêmes pour toutes et tous ? Et surtout, nos associations prennent-elles suffisamment le temps de regarder leur propre fonctionnement avec le même regard critique qu’elles portent sur la société ?

Car promouvoir l’égalité ne consiste pas seulement à l’inscrire dans des statuts, à l’afficher sur une banderole ou à la défendre dans un communiqué. Cela consiste aussi, de temps en temps, à regarder autour de la table. Et peut-être à se demander qui n’y est pas.


Le pouvoir aussi mérite sa déconstruction

Les femmes n’ont évidemment pas attendu d’être présidentes pour faire vivre le mouvement LGBT+. Elles en ont écrit l’histoire, mené les combats, accompagné les victimes, organisé les mobilisations et défendu les droits. Certaines dirigent aujourd’hui de grandes organisations et démontrent, s’il fallait encore le faire, que le leadership associatif n’a pas de genre.

Mais les chiffres du monde associatif français nous obligent tout de même à poser une question à laquelle notre propre mouvement ne devrait pas chercher à échapper : comment pouvons-nous demander à la société de questionner ses rapports de pouvoir si nous ne sommes pas capables, nous aussi, d’examiner les nôtres ?


Infographie sur les freins aux responsabilités: réunions tardives, responsabilités familiales, 70% de présidences masculines.

 
 
 

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